De nouveaux cépages pour une viticulture sans pesticides

Conscients des limites de l’agriculture biologique traditionnelle, François et Vincent PUGIBET ont opté pour une voie originale, celle des cépages résistants. Issus de croisements multiples entre des variétés traditionnelles et des vignes plus rustiques, voire sauvages, ces nouveaux cépages sont naturellement résistants à l’oïdium et au mildiou. Le vignoble ainsi constitué ne nécessite plus aucun pesticide.
Après quelques années d’expérimentation, cette idée a priori utopique est devenue réalité. Plusieurs dizaines d’hectares du domaine, plantés avec ces nouveaux cépages n’ont reçu aucun pesticide depuis 6 ans : ni soufre, ni cuivre, ni poudre de perlimpinpin RIEN ! Les plus beaux raisins sont assemblés dans notre cuvée ‘Au creux du nid’. Ce vin plein de promesses et d’avenir pour la viticulture commence à récolter quelques prix

Le renouveau d'une recherche vigneronne

De nos jours, la vigne est reproduite par bouturage ou par greffage, soit de manière totalement asexuée. Si ce mode de reproduction permet de développer des lignées homogènes, il ne permet pas à la plante d’évoluer avec son environnement. L’idée maîtresse de notre projet est de revenir à la reproduction sexuée. En choisissant judicieusement les parents, le vigneron peut espérer obtenir dans la descendance des pépins cumulant résistance et qualités organoleptiques.
Loin des standards, ces cépages ont dans leur ascendance certains parents célèbres comme le Chardonnay, le Cabernet, d’autres au passé plus sulfureux comme le Maréchal Foch, certains aux noms inconnus ou imprononçables comme le Kishmish vatkana, des géniteurs anonymes, simples passeurs de résistances, des sauvages arrivés de contrées lointaines comme l’Amurensis ou Caribaea, ou encore quelques adultères insoupçonnés finalement bienvenus. De ce grand métissage sont nés des cépages originaux, regroupés sous la dénomination PIWI. Certains comme le Cabernet blanc arrivent à l’âge adulte, d’autres jeunes pousses, pleines de promesses comme le 6-04 demandent encore à être baptisées.
Passionnés, François et Vincent Pugibet se sont largement impliqués dans ce travail de croisement et de sélection. Avec près d’une centaine de croisements réalisés pour 100 000 pépins testés ces dernières années sur le domaine, ils montrent ainsi qu’une recherche vigneronne peut être pertinente et efficace, d’autant que leur œil vigneron ne lorgne pas seulement sur la résistance et quelques gènes. L’adaptation au terroir et la personnalité des vins les intéressent tout autant.
En se réappropriant ce travail, en ne le confiant plus à des tiers, ils ont décidé de revenir aux fondamentaux du métier de vigneron.




Comment créer un nouveau cépage?

Etape 1 :
Les deux parents sont sélectionnés en fonction des critères que l’on souhaite transmettre à la descendance. Dans notre cas, nous recherchons principalement des parents résistants aux maladies et dotés d’un bon potentiel œnologique.
Etape 2 :
La vigne cultivée est hermaphrodite monoïque, la fleur de la vigne porte à la fois les organes sexuels mâles (étamines) et femelles (pistil). Pour obtenir le parent femelle, il faut castrer les fleurs. Quelques jours avant la floraison, on retire à la pince les étamines pour ne conserver que le pistil. Il faut environ deux heures pour préparer une grappe.
Etape 3 :
Une fois le travail réalisé, on protège la grappe par un sachet jusqu'à ce que le pistil arrive à maturité. A ce moment-là, on pollinise avec du pollen recueilli sur le parent mâle et on ensache de nouveau la grappe pour se prémunir de toute contamination.
Etape 4 :
Au mois de septembre, on récolte les grappes, puis on extrait les pépins.
Etape 5 :
Les pépins précieusement conservés tout l’hiver seront semés au printemps.
Etape 6 :
Commence alors un long travail d’observation et de sélection. La première année, toutes les plantules présentant des symptômes de maladies vont être éliminées. Cela représente 80 à 90% des individus. Les plus résistants vont être repiqués.
Etape 7 :
On commence alors à observer leur fructification. Nombre d’entre eux vont être stériles et seront à leur tour arraché. On va privilégier les grappes bien structurées, éliminer les goûts désagréables, observer le type de port (érigé ou retombant), la cuticule des feuilles (cirés ou poilus)… Cette étape prend environ 5 ans. De là, on va conserver quelques individus que l’on va multiplier par greffages afin d’obtenir une petite dizaine de plants pour pouvoir les tester en micro-vinification. A nouveau, il faut facilement 5 ans de plus pour avoir des premiers résultats.
Etape 8 :
On passe alors à l’étape d’expérimentation en plein champ. On plante quelques hectares dans diverses conditions pour confirmer le potentiel et tester la capacité à s’adapter au travail viticole courant, aux diverses méthode de vinification et à son acceptation par les consommateurs. Cela prend encore quelques années. On peut alors commencer l’inscription de cette variété dans les catalogues officiels pour assurer sa commercialisation au plus grand nombre. Au total, sélectionner une variété prend de 15 à 20 ans à compter de l’étape de reproduction sexuée.

Au creux du nid, un travail pleins de perspectives

Un vin nature sans pesticides

Tout le monde s’accorde pour dire qu’il faut limiter et encadrer l’utilisation des pesticides. Malgré les mesures prises suite au grenelle de l’environnement, aucune solution concrète ne permet aujourd’hui aux vignerons de répondre à l’objectif de réduction de 50% de l’utilisation des pesticides prévu par le plan Ecophyto 2018.
En puisant dans la biodiversité des Vitis, notre projet montre qu’il est possible de sélectionner des cépages naturellement résistants aux maladies. Le développement et l’utilisation de cépages PIWI permet de réduire de 80 à 100 % l’utilisation de fongicides en viticulture. Ils permettent ainsi de supprimer l’exposition des agriculteurs aux pesticides, garantissent l’absence de résidus dans les vins pour les consommateurs tout en assurant la protection de notre environnement.

Un vin sous le signe de la biodiversité, gage d'originalité

Pour ce travail nous nous appuyons sur toute la diversité des Vitis. Evidemment, les cépages traditionnels, comme le Lledoner Pelut, emblème de notre domaine ou encore des cépages méditerranéens comme le Terret, le Picpoul ou le Macabeu, sont à l’honneur. Mais nous puisons également dans les diverses collections pour retrouver des choses plus confidentielles ou lointaines. Ainsi, nous participons au maintien de la biodiversité en viticulture.

Une alliance respectée entre terroir et cépage

De par le réseau de vignerons impliqués dans la démarche, on s’aperçoit de toute l’importance du terroir sur le comportement du cépage. Le Cabernet blanc n’a pas la même expression dans le Palatinat, en Languedoc et dans le Penedès. Au-delà de la simple résistance, il est important de chercher la meilleure adéquation entre un cépage et le terroir, c’est pourquoi une recherche vigneronne s’appuyant sur des expérimentations en local est nécessaire. A l’heure de la globalisation et du réchauffement climatique, une démarche locale en réseau a tout son sens.

Les fondamentaux du métier

D’une simple question, comment diminuer ou supprimer les pesticides, nous avons redécouvert un monde : celui de la création et de la sélection de nos cépages. En confiant ce travail à des tiers, c’est un pan de notre métier que nous avions un peu occulté. C’est pour nous, vignerons, un vrai plaisir, une immense satisfaction de se réapproprier ce travail fondamental. Le couteau à greffer qu’avait transmis Louis Pugibet à son fils François il y plus de 50 ans prend aujourd’hui tout son sens. Nous redevenons les façonneurs d’une viticulture humaine, respectueuse des vignerons, des consommateurs et de l’environnement.

 
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